Deux traits pleins en bas, un trait brisé au-dessus : le Lac a la figure d'une eau calme, ouverte en surface et ferme en profondeur. Il figure la joie, la sérénité, la parole qui réjouit et persuade, l'échange qui profite aux deux parties. Dans la famille des trigrammes, c'est la fille benjamine. Quand il apparaît dans ton hexagramme, il parle de ce qui se partage et de ce qui se dit.
On verra ici sa figure et son nom, les images que la tradition lui prête, son rôle selon sa place et trois rencontres parlantes. Les quinze hexagrammes où il entre sont présentés plus bas, chacun avec sa lecture.
Une surface ouverte sur un fond ferme
On lit le Lac de bas en haut : deux traits pleins, puis un trait brisé. Le trait souple est au sommet, posé sur deux traits fermes, comme une étendue d'eau qui s'ouvre en surface, frémit et reflète le ciel, tandis qu'un fond solide la retient. La douceur au dehors, la fermeté au dedans : toute la qualité du trigramme tient dans cet ordre.
En chinois, il se nomme Dui, prononcé à peu près « doui » ; les ouvrages anciens écrivent Touei. Les commentaires l'expliquent par un caractère qui signifie se réjouir et qui, lu autrement, veut aussi dire parler. Le rapprochement éclaire le trigramme : la joie du Lac passe par l'échange et la parole.
Son image dans la nature est le lac, ou le marais : une eau qui ne court pas comme le torrent, qui se pose, s'étale et nourrit ce qui l'entoure. Elle abreuve les bêtes, rafraîchit le paysage, réunit les gens sur ses rives. Mais un lac peut aussi déborder ou se vider : sa sérénité dépend de ce qui le contient et de ce qui l'alimente.

Les quinze hexagrammes du Lac
- La Marche — En bas, sous le Ciel : marcher sur la queue du tigre sans être mordu. Le Lac apporte la bonne humeur et la courtoisie qui désarment ; tout tient à la manière, à condition de ne rien prétendre.
- La Suite — En haut, au-dessus du Tonnerre : un mouvement qui accepte de suivre au lieu d'imposer. Le Lac figure l'accord qui fait qu'on est suivi de bon gré ; pour l'obtenir, il faut d'abord savoir soi-même s'adapter au moment.
- L'Approche — En bas, sous la Terre : la joie du dedans, dans une période qui s'ouvre et grandit. Le Lac apporte l'envie d'aller vers les autres et de les instruire sans se lasser ; le texte avertit pourtant que la saison tournera.
- La Prépondérance du grand — En haut, au-dessus du Vent : le lac déborde et noie les arbres de ses rives. Le Lac figure une charge trop lourde pour ce qui la porte ; il faut agir sans tarder mais avec douceur, et accepter de tenir sans appui s'il le faut.
- L'Influence — En haut, au-dessus de la Montagne : un lac au sommet du mont, que la montagne porte et qui la rafraîchit. Le Lac est l'attrait qui touche et qui répond ; l'influence réciproque ne passe que dans l'ouverture, sans vouloir saisir ni posséder.
- L'Opposition — En bas, sous le Feu : le lac reste en bas quand la flamme s'élève, et chacun suit sa pente. Le Lac est l'humeur aimable qui garde le contact malgré les désaccords ; dans les petites choses, on peut encore s'entendre.
- La Diminution — En bas, sous la Montagne : le lac, au pied du mont, cède de son eau pour en humecter les pentes. Le Lac donne de lui-même, et cette perte apparente enrichit ce qui est au-dessus ; une offrande simple suffit, pourvu qu'elle soit sincère.
- La Percée — En haut, au-dessus du Ciel : une tension accumulée qui doit enfin se dire. Le Lac est la parole franche qui nomme ce qui doit cesser ; mieux vaut défendre la décision par la vérité que par la force.
- Le Rassemblement — En haut, au-dessus de la Terre : une foule réunie autour d'un centre et d'une célébration commune. Le Lac apporte la joie qui rassemble ; le texte conseille une offrande généreuse, et la vigilance qu'exige toute grande assemblée.
- L'Accablement — En haut, au-dessus de l'Eau : le lac a perdu son eau, écoulée par en dessous. Le Lac figure une parole qui ne porte plus et une joie tarie ; mieux vaut alors agir que parler, et garder sa constance en attendant le retour de l'eau.
- La Révolution — En haut, au-dessus du Feu : l'eau et le feu luttent en un même lieu jusqu'à ce que l'un l'emporte. Le Lac apporte la parole qui rend le changement acceptable ; la confiance ne vient qu'une fois le moment mûr, et le changement réussi efface les regrets.
- L'Épousée — En bas, sous le Tonnerre : l'eau du lac se met en mouvement sous l'orage. Le Lac est un élan du cœur qui se laisse entraîner ; le texte invite à la retenue, car une position prise dans la hâte reste fragile.
- Le Serein — En haut comme en bas, le Lac redoublé : deux lacs reliés qui s'alimentent l'un l'autre. La joie partagée réussit à condition de rester droite ; elle vit d'échange et d'étude en commun, et se méfie de la flatterie.
- La Limitation — En bas, sous l'Eau : un lac qui reçoit l'eau et ne peut en contenir qu'une part. Le Lac apporte le contentement d'une limite bien posée ; trop sévère, la règle devient amère et ne peut plus être tenue.
- La Vérité intérieure — En bas, sous le Vent : une eau calme et ouverte, que le moindre souffle atteint. Le Lac est la disponibilité qui laisse entrer la parole juste ; la sincérité du dedans touche jusqu'aux plus réticents, et permet même de franchir de grandes eaux.
Une joie qui se partage
Sa qualité, pour les commentaires anciens, est la joie : non l'euphorie, mais la sérénité de qui s'accorde avec les autres et avec soi. On lui associe l'échange, la parole aimable, la persuasion, l'étude menée entre amis. C'est une joie qui convainc plutôt qu'elle ne contraint.
La plus jeune des filles
Des trois filles, le Lac est la benjamine : son trait brisé est au sommet, à la dernière place, après le Vent, l'aînée, qui l'a en bas, et le Feu, la cadette, qui l'a au milieu. Il fait pendant à la Montagne, le benjamin des fils. La benjamine figure la gaieté, la spontanéité, le charme qui ouvre les portes, mais aussi la légèreté qui peut tourner à la complaisance.
La parole, la magicienne et le sel
Les commentaires lui prêtent la parole ; la magicienne, ou chamane ; ce qui se brise et se détache ; la terre dure et salée. Son animal est le mouton, où l'on voit souvent un caractère doux au dehors et obstiné au dedans, comme la figure du trigramme. Ces images mêlent l'agréable et le cassant : la parole qui charme peut aussi blesser, et ce qui est mûr finit par tomber.
Le sud-est, puis l'ouest
Le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, met le Lac au sud-est, face à la Montagne au nord-ouest. Le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, qui suit le cours de l'année, le place à l'ouest et lui donne l'automne, la saison des récoltes, où l'on se réjouit de ce que l'année a donné.
Joie du dedans, parole du dehors
Le trigramme du bas décrit le dedans, ton humeur, ce qui fonde la situation ; celui du haut, le dehors, l'accueil des autres et les circonstances. Le Lac étant à la fois joie et parole, sa place dit si l'accord se vit en toi ou s'il se cherche avec les autres.
Un contentement intérieur
En bas, le Lac est une disposition sereine : de la bonne humeur, de la confiance, l'envie d'échanger et de donner. Cette joie rend les rapports plus faciles, même avec plus fort que soi. Son risque est la complaisance, le désir de plaire au point de céder ; le trigramme du haut dit si elle trouve un cadre ou s'y perd.
Une parole tournée vers les autres
En haut, le Lac est ce qui attire et rassemble au dehors : une parole qui convainc, une réunion, un plaisir partagé, une proposition séduisante. Il peut aussi désigner une parole qui ne porte plus, quand le lac se vide. L'échange s'y joue à découvert, et ne dure que s'il est sincère.
Deux lacs reliés
Redoublé, le Lac forme l'hexagramme 58, le Serein : deux lacs qui communiquent et ne s'assèchent pas, parce que chacun alimente l'autre. La tradition y voit des amis qui se retrouvent pour parler et s'instruire ensemble ; la joie y est favorable, à condition de rester droite.
Face au Ciel, au Tonnerre et à la Terre
La joie du Lac cherche toujours quelqu'un à qui s'adresser. Ses rencontres se lisent à ce qu'il trouve en face de lui : une force à aborder, un mouvement à suivre, une foule à réunir.
Avec le Ciel
Sous le Ciel, le Lac est le plus faible qui avance derrière le plus fort : c'est la Marche, où la bonne grâce permet de passer là où la force échouerait. Au-dessus du Ciel, le lac est monté si haut qu'il menace de rompre ses rives : c'est la Percée, où une décision longtemps retenue doit être proclamée devant tous, sans prendre les armes. La même parole sert d'abord à désarmer, ensuite à trancher.
Avec le Tonnerre
Le Tonnerre est le fils aîné, le Lac la plus jeune des filles. Quand le Lac est au-dessus, le tonnerre se repose au fond de l'eau, comme on rentre chez soi à la tombée du jour : c'est la Suite, l'art de s'adapter au moment pour être suivi de bon gré. Quand le Tonnerre est au-dessus, la benjamine suit l'élan de l'aîné sans avoir sa place assurée : c'est l'Épousée, où il faut considérer la fin dès le commencement.
Avec la Terre
Sous la Terre, le Lac est l'eau au pied du rivage, que la terre domine et approche : c'est l'Approche, un temps favorable qui grandit mais ne durera pas toujours. Au-dessus d'elle, il recueille les eaux de toute la plaine : c'est le Rassemblement, où l'on se réunit autour d'un centre, en prévoyant l'imprévu.
Quand il sort de tes lancers
Avec trois pièces, face vaut 3 et pile 2 : 7 ou 9 donnent un trait plein, 6 ou 8 un trait brisé. Le Lac se lit quand trois lancers consécutifs donnent deux traits pleins, puis un trait brisé. Tiré des trois premiers lancers, il forme le bas de ton hexagramme ; des trois derniers, le haut.
Un trait qui change le transforme dans le second hexagramme. Un 9 en bas en fait l'Eau, un 9 au milieu le Tonnerre, un 6 en haut le Ciel ; si les trois changent, il devient la Montagne, son inverse. Le changement du haut est le plus parlant : le dernier trait souple se raffermit, et la joie se fait force.
Pour la lecture, demande-toi ce qui réjouit ou rassemble dans ta situation, et ce qui s'y dit. En bas, la ressource est ta propre sérénité, ta façon d'aborder les autres ; en haut, un échange, une proposition, une parole venue du dehors. Le Lac encourage la joie partagée, mais rappelle qu'un plaisir sans fond se vide vite : la joie dure quand elle repose sur ce qui est ferme.

Questions fréquentes
Le Lac promet-il des jours heureux ?
Il parle de joie, ce qui n'est pas une promesse. Il signale une humeur, un échange, une occasion de rapprochement, et dit à quelle condition ils durent : rester sincère et ne pas confondre la joie avec la flatterie. L'autre trigramme dit si cette joie trouve son cadre ou s'épuise.
Quelle différence entre le Lac et le Serein ?
Le Lac est un trigramme de trois traits ; le Serein est l'hexagramme 58, formé de deux Lacs. Le premier apporte sa qualité à quinze hexagrammes ; le second décrit une situation entière, l'échange entre amis, avec son texte et ses six traits.
Le Lac représente-t-il forcément une femme, ou une fille benjamine ?
Non. La benjamine figure une fonction : la gaieté, la parole qui rapproche, l'élan vers les autres sans calcul, quel que soit le genre de la personne. Dans une consultation, le Lac peut parler de ta propre façon d'aborder les autres, de quelqu'un qui apporte de la légèreté, ou d'une conversation qui compte.
Pourquoi la magicienne et la terre salée ?
La magicienne, ou chamane, prolonge l'image de la parole : son office passe par ce qu'elle dit. La terre dure et salée s'explique souvent par l'eau stagnante, qui laisse son sel en s'évaporant. Ces images rappellent que le Lac n'est pas seulement agrément : il a sa part d'étrangeté et de dureté.
Le Lac est-il au sud-est ou à l'ouest ?
Les deux, selon l'arrangement. Le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, le met au sud-est, face à la Montagne. Le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, qui suit le cours de l'année, le place à l'ouest, avec l'automne.