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Yi King · Trigramme

Le trigramme du Ciel

La force, le père, la création : le Ciel dans le Yi King, ses trois traits et les hexagrammes qui le portent.

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Trois traits pleins posés l'un sur l'autre : aucun trigramme n'a une figure plus nette, et peu sont aussi chargés de sens. Le Ciel figure la force qui ne se lasse pas, l'élan qui crée et entraîne, la place du père dans la famille des trigrammes. Quand il apparaît dans ton hexagramme, en haut ou en bas, il apporte à la situation sa fermeté et son mouvement.

Cette fiche décrit ses traits et son image, ce que la tradition lui associe, ce qu'il change selon sa place dans l'hexagramme et ses rencontres avec les autres trigrammes. Les quinze hexagrammes qui le contiennent ont chacun leur place plus bas.

Trois traits pleins

Un trigramme est une figure de trois traits, pleins ou brisés, qu'on lit de bas en haut. Le Ciel est le seul dont les trois traits sont pleins : un trait yang, puis un autre, puis un troisième. Rien n'y cède, rien n'y laisse de vide. C'est la force à l'état pur, sans mélange.

Son nom chinois est Qian, qui se prononce à peu près « tchienne » ; les ouvrages anciens l'écrivent parfois K'ien. Le même caractère, lu autrement, veut dire « sec ». Dans le Yi King, il désigne la puissance active : ce qui prend l'initiative et met le reste en mouvement.

Son image dans la nature est le ciel lui-même : la voûte qui couvre tout, la course régulière des astres, le jour qui revient chaque matin sans qu'on ait à le pousser. La tradition retient surtout cette régularité. Le ciel ne force rien et ne s'arrête jamais : sa force tient dans la constance plus que dans le coup d'éclat.

Un cheval seul dans une prairie, sous un ciel immense
Un cheval seul dans une prairie, sous un ciel immense

Les quinze hexagrammes du Ciel

  • Le Créateur — Le Ciel redoublé : la force créatrice dedans comme dehors, sans rien qui la freine. Le texte suit un dragon, d'abord caché, puis visible dans les champs, puis en plein vol, qui finit par regretter d'être monté trop haut : l'initiative est encouragée, à condition de savoir se tenir.
  • L'Attente — En bas, sous l'Eau : une force intérieure qui sait patienter devant le danger. Le Ciel apporte la confiance qui permet d'attendre sans s'agiter, et de garder ses forces intactes pour le bon moment.
  • Le Conflit — En haut, au-dessus de l'Eau : une force qui s'impose au dehors, tandis qu'au dedans la situation reste incertaine. Mieux vaut alors chercher un arbitrage juste que mener le différend jusqu'au bout.
  • Le Petit Apprivoisement — En bas, sous le Vent : une grande force contenue, pour un temps, par des moyens doux et modestes. Le Ciel est l'élan qui ne peut pas encore se déployer ; le moment demande de soigner les détails et d'agir par petites touches.
  • La Marche — En haut, au-dessus du Lac : une puissance supérieure, à laquelle il faut faire face avec tact. Le texte montre quelqu'un qui marche sur la queue d'un tigre sans être mordu, parce qu'il avance avec courtoisie et sans prétention.
  • La Paix — En bas, sous la Terre : la vigueur au dedans, la douceur au dehors. Le Ciel apporte la force qui rend l'échange possible, dans une période où ce qui est grand arrive et ce qui est petit s'en va.
  • La Stagnation — En haut, au-dessus de la Terre : la force reste au dehors, hors d'atteinte, et le dedans manque de ressort. L'hexagramme conseille de garder sa ligne et de ne pas se compromettre, en attendant que le blocage se défasse.
  • La Communauté avec les hommes — En haut, au-dessus du Feu : un horizon commun, assez large pour réunir. Le Ciel apporte l'ouverture, le Feu la clarté : on s'associe au grand jour, autour d'un but juste pour tous, et non dans le secret d'un clan.
  • Le Grand Avoir — En bas, sous le Feu : une force intérieure qui rayonne, comme le soleil au plus haut du ciel. Le Ciel donne la solidité qui permet de porter une grande abondance, à condition de la porter avec modestie.
  • L'Innocence — En haut, au-dessus du Tonnerre : un ordre plus grand que soi, sous lequel le mouvement naît de lui-même. Le Ciel invite à agir sans calcul ni arrière-pensée, et à accueillir l'imprévu.
  • Le Grand Apprivoisement — En bas, sous la Montagne : une grande force retenue et mise en réserve. Le Ciel est l'énergie qu'on nourrit en silence, par l'étude et la patience, avant le temps des grandes entreprises.
  • La Retraite — En haut, au-dessus de la Montagne : la force se retire, non par faiblesse, mais parce que le moment l'exige. Le conseil est de prendre ses distances à temps, avec dignité, sans colère ni mépris.
  • La Puissance du grand — En bas, sous le Tonnerre : une force intérieure qui se met en mouvement avec vigueur. Le texte met en garde contre l'abus : le bélier qui fonce contre la haie finit par s'y prendre les cornes.
  • La Percée — En bas, sous le Lac : une résolution ferme qui s'apprête à percer. Le Ciel apporte la détermination, le Lac la parole franche : la décision se dit ouvertement, avec netteté mais sans violence.
  • Venir à la rencontre — En haut, au-dessus du Vent : une force établie que vient rencontrer, par le bas, une influence discrète. L'hexagramme invite à reconnaître cette rencontre, et à ne pas laisser grandir sans y prendre garde ce qui paraît d'abord insignifiant.

Ce que la tradition lui associe

Sa qualité, dans les commentaires anciens, est la force infatigable : une énergie qui commence, qui avance et qui dure. On lui associe aussi la fermeté, la droiture, l'origine de toute chose. Le Ciel ouvre la marche ; la Terre, son opposé, reçoit, porte et mène à terme ce qu'il a commencé.

Le père

Dans la famille des trigrammes, le Ciel est le père et la Terre la mère. Les six autres sont leurs enfants : les trois fils ont un seul trait plein parmi deux traits brisés, les trois filles un seul trait brisé parmi deux traits pleins. Le Ciel représente donc l'autorité qui protège et qui guide, celle du chef de famille, du souverain, de quiconque porte une responsabilité pour les autres.

Ses images

Les commentaires lui prêtent toute une série d'images : le cheval, rapide et endurant ; le prince ; le jade et le métal, durs et précieux ; le froid et la glace ; le fruit suspendu à l'arbre. Sous des formes différentes, elles disent la même chose. Le Ciel, c'est ce qui est ferme, accompli et de grande valeur.

Sa saison et sa direction

Il existe deux arrangements traditionnels des huit trigrammes, et le Ciel n'y occupe pas la même place. Dans celui qu'on appelle le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, il tient le sud, au sommet du cercle, face à la Terre placée au nord. Dans celui du Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, les trigrammes suivent le cours de l'année, et le Ciel se tient au nord-ouest. Sa saison vient de ce second arrangement : la fin de l'automne, au seuil de l'hiver, quand la lumière décline et que l'ombre gagne, moment où la tradition voit les deux forces se mesurer.

En haut ou en bas

Un hexagramme superpose deux trigrammes. Celui du bas, qu'on appelle aussi le trigramme intérieur, décrit le dedans de la situation : ton attitude, ce qui se prépare, ce qui sert de base. Celui du haut, le trigramme extérieur, décrit le dehors : les circonstances, les autres, ce qui vient à ta rencontre ou s'impose.

Le Ciel en bas

En bas, le Ciel met la force à la racine. La situation repose sur une énergie solide, une détermination intérieure, une confiance qui n'a pas besoin de s'afficher. Tu as en toi de quoi avancer ; le trigramme du haut dit si le moment est à l'élan, à la patience ou à la retenue.

Le Ciel en haut

En haut, le Ciel est ce qui domine la situation : une autorité, un cadre, un principe, une force qui ne dépend pas de toi. Il peut protéger comme il peut peser, selon ce qu'il trouve en dessous. Il demande souvent une attitude juste face à plus grand que soi : de la tenue, de la droiture, parfois du recul.

Dedans et dehors à la fois

Quand le Ciel occupe les deux places, il forme le premier des 64 hexagrammes, le Créateur : six traits pleins, la force sans aucun contrepoids. C'est le seul cas où le Ciel ne rencontre que lui-même, et où rien ne vient tempérer ni recevoir son élan.

Ses rencontres avec les autres trigrammes

Le Ciel tend vers le haut. Beaucoup de ses rencontres se lisent à partir de ce simple mouvement : selon que l'autre trigramme monte ou descend, les deux se rejoignent ou s'éloignent. Le Feu, qui s'élève comme lui, s'y accorde sans peine ; d'autres trigrammes se lisent à la façon dont ils retiennent sa force.

Avec la Terre

La Terre descend, le Ciel monte. Placée au-dessus du Ciel, la Terre va à sa rencontre et l'échange a lieu ; placée au-dessous, elle s'en écarte et plus rien ne circule. La Paix et la Stagnation sont faites des deux mêmes trigrammes : seul l'ordre change, et avec lui tout le sens.

Avec l'Eau

L'Eau aussi descend. Sous le Ciel, elle s'en éloigne, et deux mouvements contraires finissent par s'opposer. Au-dessus de lui, elle devient nuage, une pluie qui se prépare sans tomber encore : la rencontre parle alors de patience plutôt que de heurt.

Ce qui retient sa force

La Montagne arrête, le Vent pénètre doucement. Posés au-dessus du Ciel, l'une le retient avec fermeté, l'autre avec souplesse, et la force s'accumule au lieu de se dépenser. Le doux ne retient le fort que pour un temps ; le ferme peut en faire une vraie réserve.

Un seul trait souple

Avec le Vent, le Feu ou le Lac, qui n'ont chacun qu'un trait brisé, le Ciel forme un hexagramme de cinq traits pleins et d'un seul trait brisé. Il y en a six, et tous contiennent le Ciel. Dans chacun, ce trait souple, si rare, prend une importance particulière : c'est souvent autour de lui que s'organise toute la situation.

Le reconnaître quand tu consultes

Avec trois pièces, face compte 3 et pile 2 : un trait plein sort quand la somme fait 7 ou 9. Le Ciel est là quand les trois premiers lancers donnent chacun un trait plein, ou quand les trois derniers le font. Tu le vois alors en bas de ton hexagramme, ou en haut, sous la forme de trois traits pleins d'affilée.

Un 9 est un trait plein qui change. Si l'un des traits de ton Ciel change, le trigramme se transforme dans le second hexagramme : le trait du bas donne le Vent, celui du milieu le Feu, celui du haut le Lac, et les trois ensemble la Terre. La force cède alors un peu de sa dureté, et le second hexagramme dit la forme qu'elle prend.

Dans la lecture, demande-toi où se trouve la force dans ta situation : en toi, si le Ciel est en bas, ou autour de toi, s'il est en haut. L'autre trigramme dit ensuite comment elle est reçue, retenue ou mise en mouvement. Le Ciel invite rarement à l'inaction : il invite à agir avec constance, sans forcer ce qui résiste.

Trois pièces chinoises sur une table, à côté de trois traits pleins tracés à l'encre
Trois pièces chinoises sur une table, à côté de trois traits pleins tracés à l'encre

Questions fréquentes

Le Ciel est-il un trigramme favorable ?

Il apporte la force, l'initiative et la clarté d'intention : c'est souvent un appui pour agir. Mais le Yi King ne juge jamais un trigramme seul. La force peut aussi devenir raideur, et c'est l'autre trigramme, avec les traits qui changent, qui dit ce qu'elle devient.

Quelle différence entre le Ciel et le Créateur ?

Le Ciel est un trigramme, une figure de trois traits ; le Créateur est l'hexagramme de six traits pleins, formé du Ciel redoublé. Le trigramme est une brique, qui entre dans quinze hexagrammes. L'hexagramme est une situation complète, avec son texte et ses six traits.

Le Ciel est-il au sud ou au nord-ouest ?

Les deux, selon l'arrangement. Dans le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, il est au sud, face à la Terre ; dans le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, il est au nord-ouest. Le premier range les trigrammes par paires d'opposés, le second selon le cours de l'année.

Le Ciel désigne-t-il forcément un homme, ou un père ?

Non. Il figure une fonction plus qu'une personne : l'autorité, la responsabilité, ce qui protège et ce qui décide. Dans une consultation, il peut parler de ton propre rôle, d'une institution ou de quelqu'un qui pèse sur la situation, quel que soit son genre.

Le Ciel et la Terre sont-ils opposés ?

Ils sont complémentaires plus qu'ennemis : l'un commence, l'autre accomplit ; l'un donne l'élan, l'autre la forme. Le Yi King les place en tête de ses 64 hexagrammes parce que tout le reste naît de leur rencontre. Aucun des deux ne vaut mieux que l'autre.

Et pour toi ?

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