Un trait brisé entre deux traits pleins : le Feu est ferme sur ses bords et ouvert en son milieu. Il figure la clarté, la lumière qui fait voir, et ce qui s'attache : une flamme ne brûle qu'accrochée à ce qu'elle consume. Dans la famille des trigrammes, c'est la fille cadette. Quand il apparaît dans ton hexagramme, il pose deux questions : qu'est-ce qui éclaire ta situation, et à quoi tiens-tu ?
Suivent ses trois traits et son nom, ce que la tradition lui attribue, ce qu'il change selon sa place et trois rencontres où il se révèle. Les quinze hexagrammes où il figure sont lus plus bas, un à un, sous l'angle du Feu.
Ferme au bord, vide au milieu
On lit le Feu de bas en haut : un trait plein, un trait brisé, un trait plein. Les traits fermes tiennent les bords, le trait souple occupe le centre. C'est l'inverse de l'Eau, qui cache un point dur au fond du creux : le Feu garde un vide au cœur de ce qui est ferme, comme une lanterne dont la paroi solide entoure l'espace où brille la flamme.
En chinois, il s'appelle Li, et se prononce comme il s'écrit. Dans la langue courante, le caractère veut aussi dire se séparer, s'éloigner ; les commentaires du Yi King le lisent autrement, comme le fait de s'attacher, de tenir à quelque chose. Le feu n'existe qu'attaché à ce qu'il brûle, et la tradition ajoute que le soleil et la lune tiennent au ciel comme les plantes tiennent au sol.
Son image est le feu, mais aussi le soleil et l'éclair : tout ce qui brille et donne à voir. Le Feu est le trigramme de la clarté qui révèle et qui distingue ; il en a aussi la fragilité, car une flamme sans aliment s'éteint.

Quinze hexagrammes éclairés par le Feu
- La Communauté avec les hommes — En bas, sous le Ciel : un feu allumé en pleine campagne, une clarté qui n'a rien à cacher. Le Feu apporte la lucidité qui permet de s'unir sans se confondre ; l'alliance se fait à découvert, et chacun y garde sa place.
- Le Grand Avoir — En haut, au-dessus du Ciel : le soleil au plus haut, qui éclaire tout ce qui est en dessous. Le Feu figure une abondance visible, une réussite exposée au jour ; elle se garde en arrêtant le mal et en favorisant le bien.
- Mordre au travers — En haut, au-dessus du Tonnerre : l'éclair accompagne le grondement. Le Feu apporte la clarté qui permet de juger : quelque chose fait obstacle et doit être tranché. Le texte parle de rendre la justice, avec netteté, sans dureté inutile.
- La Grâce — En bas, sous la Montagne : un feu qui éclaire les pentes et en fait ressortir les formes. Le Feu apporte la beauté, le soin de la forme ; il réussit dans les petites choses, mais ne suffit pas à trancher les grandes.
- Ce qui s'attache — En haut comme en bas, le Feu redoublé : une clarté qui se prolonge. Tout tient à ce à quoi l'on s'attache ; la persévérance est favorable, et la docilité, que figure la vache, permet à la lumière de durer sans se consumer.
- Le Progrès — En haut, au-dessus de la Terre : le soleil se lève sur la plaine. Le Feu apporte une reconnaissance qui grandit ; le texte montre un prince reçu plusieurs fois en un seul jour, et invite chacun à faire briller ses propres qualités.
- L'Obscurcissement de la lumière — En bas, sous la Terre : le soleil s'est couché, la lumière a sombré sous l'horizon. Le Feu est une clarté qui doit se cacher pour durer ; le moment demande de rester ferme au dedans et prudent au dehors.
- La Famille — En bas, sous le Vent : le feu du foyer, au cœur de la maison. Le Feu est la chaleur et la clarté du dedans, qui donnent leur poids aux paroles et leur constance aux actes ; chacun y tient sa place.
- L'Opposition — En haut, au-dessus du Lac : le feu s'élève loin de l'eau qui le reflète. Le Feu figure ce qui diverge ; l'hexagramme ne condamne pas la différence, mais conseille de s'en tenir aux petites affaires tant que les points de vue s'opposent.
- La Révolution — En bas, sous le Lac : un feu sous l'eau, deux forces qui ne peuvent cohabiter. Le Feu est la clarté qui voit que le changement est devenu nécessaire ; il ne convainc qu'une fois son heure venue, et se prépare comme on règle le calendrier sur les saisons.
- Le Chaudron — En haut, au-dessus du Vent : la flamme posée sur le bois chauffe le chaudron. Le Feu transforme ce qu'on lui confie, le cru en cuit, la matière en nourriture ; il demande à chacun de tenir sa juste place pour que l'œuvre s'accomplisse.
- L'Abondance — En bas, sous le Tonnerre : l'éclair et le grondement arrivent ensemble, au plus fort de l'orage. Le Feu apporte la clarté de la plénitude ; le texte invite à ne pas s'attrister de ce qui passera, et à être comme le soleil de midi.
- Le Voyageur — En haut, au-dessus de la Montagne : un feu qui court sur les hauteurs sans s'y fixer. Le Feu figure ce qui passe sans s'installer, la situation de qui est loin de chez soi ; il conseille la discrétion, la droiture, et promet un succès modeste.
- Après l'accomplissement — En bas, sous l'Eau : le foyer sous la marmite, chaque chose à sa place. Le Feu est la chaleur qui a mené l'œuvre à terme ; il faut maintenant veiller à ce qu'il ne s'emballe ni ne s'éteigne, car l'équilibre atteint est fragile.
- Avant l'accomplissement — En haut, au-dessus de l'Eau : la flamme monte, l'eau descend, et rien n'est encore joint. Le Feu est la clarté qui voit le but sans l'avoir atteint ; il faut distinguer chaque chose et la mettre à sa place avant le dernier pas.
La cadette, le faisan et la cuirasse
Ses qualités, pour les commentaires anciens, sont la clarté et l'attachement. On y lit aussi la beauté et la forme bien dessinée, ce que la lumière met en valeur. Cette clarté n'est pas seulement celle qui fait voir : c'est aussi celle qui fait comprendre et juger.
La fille du milieu
Des trois filles, le Feu est la cadette : son unique trait brisé est au milieu, entre le Vent, l'aînée, qui l'a en bas, et le Lac, la benjamine, qui l'a en haut. Il fait pendant à l'Eau, le fils du milieu, dont la figure est l'exacte inverse de la sienne. Cette place centrale lui donne un rôle de lien : il figure qui éclaire une situation de l'intérieur et rend chacun lisible aux autres.
Dur dehors, tendre dedans
Les commentaires lui associent la cuirasse et le casque, la lance, la tortue et les animaux à carapace : tout ce qui est dur au dehors et tendre au dedans, exactement comme sa figure. Ils y ajoutent l'arbre sec à la cime, et le faisan, son animal, dont le plumage éclatant attire le regard. Ces images vont du brillant au protégé : ce qui se montre, et ce qui garde sous l'armure une part fragile.
L'est, puis le sud
Dans le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, le Feu tient l'est, où le soleil se lève, face à l'Eau placée à l'ouest. Dans le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, qui suit le cours de l'année, il passe au sud, et c'est là qu'il prend sa saison : l'été, le temps de la plus grande lumière. Un commentaire ancien montre le sage tourné vers le sud pour gouverner, face à la clarté.
La lampe ou le soleil
En bas, un trigramme décrit le dedans, ce que tu portes ; en haut, le dehors, ce qui se voit et ce qui vient des autres. Pour le Feu, la question devient : la clarté est-elle en toi, ou dans ce qui t'entoure ?
Une lampe au dedans
En bas, le Feu est une clarté intérieure : tu comprends ce qui se passe, tu sais à quoi tu tiens. Cette lumière peut rayonner ou devoir se garder, selon ce qui la recouvre : sous la Terre elle se cache, sous le Ciel elle rassemble, sous le Lac elle prépare un changement.
Un soleil au dehors
En haut, le Feu est la lumière du dehors : ce qui est exposé, reconnu, visible de tous, une situation mise au jour, une réputation, une décision prise à découvert. Cette clarté éclaire, mais elle expose aussi : ce qui brille en haut se voit de loin, et la flamme posée au sommet doit trouver de quoi s'alimenter.
Une clarté qui se lève deux fois
Redoublé, il forme l'hexagramme 30, Ce qui s'attache : une lumière qui se lève deux fois et se prolonge. Le texte invite à prendre soin de la vache, image de docilité : une clarté qui dure accepte de dépendre de ce qui la nourrit.
Ce qui l'alimente, ce qu'il éclaire
Le Feu monte, et il lui faut un appui pour brûler. Ses rencontres se lisent donc à deux choses : ce qui le nourrit, et vers où va sa lumière.
Avec le Ciel
Le Ciel monte aussi : les deux vont dans le même sens. Sous le Ciel, le Feu est une flamme qui s'élève vers la voûte, une clarté partagée à découvert : c'est la Communauté avec les hommes. Au-dessus du Ciel, il devient le soleil à son zénith : c'est le Grand Avoir, une abondance qui ne peut pas se cacher.
Avec le Lac
Le Lac est la benjamine, le Feu la cadette. Quand le Feu est au-dessus, il monte pendant que l'eau descend, et les deux s'éloignent : c'est l'Opposition, que la tradition compare à deux sœurs sous un même toit dont les volontés divergent. Quand le Lac est au-dessus, l'eau et le feu se combattent en un même lieu : c'est la Révolution, le changement né d'une tension devenue intenable.
Avec le Vent
Le Vent est aussi le bois, et le bois nourrit la flamme. Placé dessous, il alimente la flamme sous le Chaudron, le vase où l'on prépare les offrandes. Placé dessus, il est le souffle que la chaleur du foyer pousse au dehors : c'est la Famille, où ce qui se vit à l'intérieur gagne peu à peu l'extérieur.
Le trouver dans tes six traits
Avec trois pièces, face compte 3 et pile 2 ; un lancer qui fait 7 ou 9 donne un trait plein, 6 ou 8 un trait brisé. Le Feu se forme quand trois lancers à la suite donnent un trait plein, un trait brisé, puis un trait plein : les trois premiers le posent en bas de ton hexagramme, les trois derniers en haut.
Si l'un de ses traits change, il se transforme dans le second hexagramme. Un 9 en bas le change en Montagne, un 6 au milieu en Ciel, un 9 en haut en Tonnerre ; les trois ensemble en font l'Eau, son inverse. Le changement du milieu est le plus net : le vide se remplit, et la clarté devient force.
Pour la lecture, cherche ce qui éclaire ta situation et ce à quoi elle tient. En bas, la clarté est en toi : une compréhension, une conviction, une chaleur à entretenir. En haut, elle vient du dehors, ou elle t'expose. Le Feu conseille de bien choisir à quoi s'attacher, car une flamme prend la qualité de ce qu'elle brûle.

Questions fréquentes
Le Feu annonce-t-il une réussite ?
Il apporte la clarté, ce qui aide presque toujours à décider. Mais le Yi King ne lit pas un trigramme isolé : une lumière peut éclairer, comme elle peut exposer ou brûler. L'autre trigramme et les traits qui changent disent ce qu'il en est dans ta situation.
Pourquoi l'hexagramme 30 s'appelle-t-il Ce qui s'attache ?
Parce qu'il redouble le Feu, et que le Feu, pour la tradition, est d'abord ce qui tient à autre chose : la flamme au bois, la lumière au ciel. En chinois, il porte le nom du trigramme, Li. On le rend aussi par la clarté ; les deux sens se tiennent.
Le Feu représente-t-il forcément une femme, ou une fille cadette ?
Non. La fille du milieu figure une fonction : éclairer, relier, mettre en lumière ce qui était confus, quel que soit le genre de la personne concernée. Dans une consultation, le Feu peut parler de ta propre lucidité, de quelqu'un qui t'aide à y voir clair, ou d'une situation qui passe au grand jour.
Pourquoi une tortue et une cuirasse pour un trigramme de lumière ?
Parce qu'elles reprennent sa figure : deux traits fermes au dehors, un trait souple au dedans. La carapace et l'armure protègent ce qui est tendre : le Feu n'est pas seulement l'éclat, c'est aussi ce qui se protège pour continuer de briller.
Le Feu est-il à l'est ou au sud ?
Les deux, selon l'arrangement. Le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, le place à l'est, en face de l'Eau. Le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, qui suit le cours de l'année, le met au sud, avec l'été.