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Yi King · Trigramme

Le trigramme du Vent

La douceur qui pénètre, la fille aînée, le bois : le Vent dans le Yi King, ses trois traits et les hexagrammes qui le portent.

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Un trait brisé en bas, deux traits pleins au-dessus : le Vent a la figure d'une base souple qui porte ce qui est ferme. Il figure ce qui entre partout sans rien forcer, le souffle qui passe par la moindre fente, la racine qui s'enfonce dans le sol année après année. Dans la famille des trigrammes, c'est la fille aînée. Quand il apparaît dans ton hexagramme, il parle d'influence lente, de patience et de direction tenue.

Tu trouveras ici son tracé et son nom, ce que la tradition lui rattache, son rôle selon sa place et quelques rencontres où il agit. Plus bas, chacun des quinze hexagrammes qui le portent a sa courte lecture.

Ouvert par le bas

Le Vent se lit de bas en haut : un trait brisé, puis deux traits pleins. Son seul trait souple est à la base, sous deux traits fermes. La figure est solide en haut et ouverte en bas, comme un arbre droit dont les racines cherchent leur chemin dans la terre, ou comme un souffle qui se glisse sous une porte.

En chinois, on le nomme Xun, à peu près « chune » ; les ouvrages anciens écrivent Souen. Ce n'est pas le mot courant pour le vent : les commentaires l'expliquent par le fait d'entrer, et il évoque aussi la docilité. Le Yi King en fait le trigramme du doux, de ce qui avance par la souplesse plutôt que par la force.

Son image est double : le vent et le bois. Le vent passe par tous les interstices, courbe les herbes, emporte au loin odeurs et graines ; l'arbre enfonce ses racines sans bruit et finit par fendre la pierre. Les deux disent la même chose : ce qui pénètre peu à peu va plus loin que ce qui frappe d'un coup.

Un grand arbre courbé par le vent sur une colline, l'herbe couchée à son pied
Un grand arbre courbé par le vent sur une colline, l'herbe couchée à son pied

Les quinze hexagrammes qui portent le Vent

  • Le Petit Apprivoisement — En haut, au-dessus du Ciel : le vent pousse des nuages épais qui ne donnent pas encore de pluie. Le Vent retient une grande force par de petits moyens, le tact et l'attention au détail ; le moment est aux retouches, pas aux grands gestes.
  • Le Travail sur ce qui est corrompu — En bas, sous la Montagne : ce que d'autres ont laissé se gâter, et qu'il faut remettre en état. Le Vent est ici une douceur devenue complaisance ; il faut reprendre l'ouvrage, réfléchir avant de commencer et veiller ensuite à ce que la réparation tienne.
  • La Contemplation — En haut, au-dessus de la Terre : un souffle qui passe sur tout le pays, comme les anciens rois parcouraient les provinces pour voir et enseigner. Le Vent apporte une influence qui passe par l'exemple : on regarde, et on se sait regardé.
  • La Prépondérance du grand — En bas, sous le Lac : les eaux montent au-dessus des arbres, et la poutre maîtresse ploie. Le Vent apporte la manière d'en sortir : avancer avec souplesse, sans brusquer une charpente qui menace déjà de céder.
  • La Durée — En bas, sous le Tonnerre : le vent et le tonnerre vont de pair et se renouvellent sans cesse. Le Vent est la constance tranquille du dedans, qui ne change pas de cap quand le dehors s'agite ; la durée naît d'un mouvement poursuivi, non de l'immobilité.
  • La Famille — En haut, au-dessus du Feu : le souffle qui monte du foyer et se répand au dehors. Le Vent porte vers l'extérieur ce qui se vit dans la maison ; l'influence tient à des paroles qui ont du poids et à une conduite qui ne varie pas.
  • L'Augmentation — En haut, au-dessus du Tonnerre : le vent et le tonnerre se renforcent l'un l'autre. Le Vent est ce qui descend d'en haut pour enrichir le bas ; le moment est favorable pour entreprendre, et pour adopter sans tarder le bien qu'on voit faire.
  • Venir à la rencontre — En bas, sous le Ciel : le vent souffle partout sous la voûte, comme un ordre porté aux quatre coins du pays. Le Vent figure un élément souple qui entre par le bas et gagne vite du terrain ; mieux vaut le reconnaître tôt.
  • La Poussée vers le haut — En bas, sous la Terre : une jeune pousse qui perce le sol. Le Vent apporte la croissance patiente, faite de petits progrès qui s'additionnent ; le moment est favorable pour avancer et chercher l'appui de qui peut aider.
  • Le Puits — En bas, sous l'Eau : le seau de bois qui descend dans le puits et remonte chargé. Le Vent va chercher la ressource là où elle se trouve ; encore faut-il entretenir l'ouvrage, sans quoi l'eau reste au fond, toute proche et pourtant perdue.
  • Le Chaudron — En bas, sous le Feu : le bois alimente la flamme qui chauffe le vase rituel. Le Vent est le combustible discret qui rend possible la cuisson, c'est-à-dire la transformation ; ce qui se prépare ici nourrit les autres.
  • Le Développement — En haut, au-dessus de la Montagne : l'oie sauvage qui avance de halte en halte, sans brûler d'étape. Le Vent apporte le progrès lent et sûr, comme celui de l'arbre qui grandit sur la montagne ; rien ne gagne à être brusqué.
  • Le Doux — En haut comme en bas, le Vent redoublé : un souffle suit l'autre et finit par tout traverser. L'hexagramme promet un succès modeste à qui sait où aller, et met en garde contre l'hésitation qui fait avancer puis reculer sans fin.
  • La Dissolution — En haut, au-dessus de l'Eau : un souffle qui chasse ce qui s'était figé ou replié. Le Vent dénoue les raideurs et les égoïsmes ; le texte évoque le rite commun et la grande traversée, ce qui réunit au-delà des divisions.
  • La Vérité intérieure — En haut, au-dessus du Lac : le vent fait frémir l'eau calme jusqu'au fond. Le Vent est l'influence qui touche par la sincérité, au point de gagner les êtres les plus simples, que le texte figure par des porcs et des poissons.

Une douceur qui persévère

Sa qualité, pour les commentaires anciens, est la douceur qui pénètre. Ce n'est pas de la faiblesse : le vent qui souffle des jours durant dans le même sens couche les blés et façonne les arbres des crêtes. Son revers est l'hésitation : un vent qui tourne sans cesse ne mène nulle part.

L'aînée des trois filles

Le Ciel et la Terre sont le père et la mère ; les trois filles ont chacune un seul trait brisé parmi deux traits pleins. Chez le Vent, ce trait est tout en bas : c'est la fille aînée. Elle figure une autorité sans éclat, celle de qui organise, transmet et persuade dans la durée plutôt que de commander. Le Tonnerre, le fils aîné, lui fait pendant : l'un met en mouvement, l'autre répand.

Le cordeau, l'odeur et le coq

Les commentaires lui prêtent le cordeau et l'équerre du charpentier, qui rendent le bois droit ; ce qui est long et haut, comme le vent qui va loin et l'arbre qui monte ; l'avancée et le recul, l'indécision ; l'odeur qui se répand sans qu'on puisse la retenir. Son animal est le coq, dont on explique souvent le choix par ce chant qui porte loin et revient chaque jour à son heure.

Du sud-ouest au sud-est

Le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, place le Vent au sud-ouest, face au Tonnerre. Le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, range les trigrammes selon le cours de l'année et le met au sud-est. C'est dans ce second cercle qu'il trouve sa saison, la fin du printemps, au seuil de l'été, quand la végétation a pris forme et que les vents tièdes la parcourent.

Racine ou cime

Le trigramme du bas parle du dedans : ton attitude, ce qui se prépare, ce sur quoi tout repose. Celui du haut parle du dehors : les circonstances, les autres, ce qui agit devant toi. Pour le Vent, sa place dit où se fait le lent travail : en toi, ou autour de toi.

Le Vent à la racine

En bas, le Vent est une souplesse intérieure : la disposition à s'adapter, à écouter, à avancer par petites étapes, comme le bois qui pousse sous la terre avant de se montrer. Le risque est de trop céder, ou de ne jamais se décider ; le trigramme du haut dit sur quoi cette patience peut s'appuyer.

Le Vent à la cime

En haut, le Vent est une influence qui se répand au dehors : un exemple, une parole qui circule, une consigne qui fait son chemin sans contrainte. Tu la reçois ou tu l'exerces, selon la question posée. Elle agit lentement mais loin, comme le vent qui fait plier un pré tout entier.

Un souffle après l'autre

Redoublé, il forme l'hexagramme 57, le Doux : un souffle qui suit l'autre, une consigne répétée jusqu'à être entendue. Le texte y voit un succès modeste, à condition de savoir où l'on va et d'écouter plus avisé que soi. Son premier trait montre une avancée suivie d'un recul : le Doux demande d'abord de choisir une direction.

Là où passe le vent

Le Vent ne heurte rien de front : il contourne, s'infiltre, s'enracine. Ses rencontres se lisent à ce qu'il trouve sur son passage, et souvent le bois y parle plus que le vent.

Avec la Montagne

Au pied de la Montagne, le vent bute contre la pente, l'air ne circule plus et ce qu'on a négligé se gâte : c'est le Travail sur ce qui est corrompu. Au-dessus d'elle, le Vent devient l'arbre accroché à la pente, qui pousse lentement : c'est le Développement, le progrès par étapes. Dans un cas, la douceur a trop laissé faire ; dans l'autre, elle prend le temps qu'il faut.

Avec la Terre

Sous la Terre, le Vent est le bois qui monte du sol sans hâte : c'est la Poussée vers le haut, la croissance faite de petits efforts. Au-dessus d'elle, il redevient le vent qui parcourt la plaine et touche tout : c'est la Contemplation, où l'on observe avant d'agir et où l'exemple compte plus que l'ordre.

Avec l'Eau

Sous l'Eau, le bois sert à puiser : c'est le Puits, une ressource qui ne s'épuise pas, pourvu qu'on sache l'atteindre. Au-dessus d'elle, le vent passe sur l'eau et la disperse : c'est la Dissolution, qui défait les blocages et rassemble ce qui s'était divisé. D'un côté le Vent atteint ce qui est profond, de l'autre il dissout ce qui s'est durci.

Le voir se former, lancer après lancer

Avec trois pièces, face vaut 3 et pile 2 : 6 ou 8 donnent un trait brisé, 7 ou 9 un trait plein. Le Vent apparaît quand trois lancers qui se suivent donnent un trait brisé, puis deux traits pleins. Sorti des trois premiers lancers, il occupe le bas de ton hexagramme ; des trois derniers, le haut.

Un 6 ou un 9 marque un trait qui change. Un 6 au premier trait fait du Vent le Ciel : la base souple se raffermit. Un 9 au milieu le change en Montagne, un 9 en haut en Eau ; si les trois changent, il devient le Tonnerre, son inverse trait pour trait, et le choc succède à la lente pénétration.

Dans la lecture, demande-toi ce qui avance sans bruit dans ta situation : une influence, une habitude qui s'installe, un projet qui pousse ses racines. En bas, la clé est ta patience ; en haut, ce qui circule autour de toi et la manière dont tu le laisses agir. Le Vent conseille rarement l'éclat : il demande de choisir une direction, puis de s'y tenir longtemps.

Une girouette en forme de coq sur le faîte d'une grange, sous un ciel de nuages
Une girouette en forme de coq sur le faîte d'une grange, sous un ciel de nuages

Questions fréquentes

Le Vent est-il un trigramme faible ?

Il est souple, ce qui n'est pas la même chose. Sa force est celle de la durée : le vent qui souffle longtemps dans le même sens finit par tout courber. Sa faiblesse possible est l'hésitation, quand la souplesse devient une manière de ne jamais choisir.

Quelle différence entre le Vent et le Doux ?

Le Vent est un trigramme de trois traits ; le Doux est l'hexagramme 57, formé du Vent redoublé. Le trigramme entre dans quinze hexagrammes et y apporte sa qualité ; l'hexagramme est une situation entière, avec son texte et ses six traits.

Le Vent représente-t-il forcément une femme, ou une fille aînée ?

Non. La fille aînée figure une fonction : l'influence patiente, la persuasion, l'art de faire avancer les choses sans les forcer, quel que soit le genre de la personne. Dans une consultation, le Vent peut parler de ta propre attitude, de quelqu'un qui agit avec constance et discrétion, ou d'une idée qui fait son chemin.

Pourquoi le vent et le bois sont-ils réunis ?

Parce qu'ils agissent de la même façon, par pénétration lente : le vent entre partout où il trouve un passage, les racines travaillent la terre de l'intérieur. Selon l'hexagramme, on lit l'une ou l'autre image : le vent dans la Contemplation ou la Dissolution, le bois dans le Puits ou le Chaudron.

Le Vent est-il au sud-ouest ou au sud-est ?

Les deux, selon l'arrangement. Le Ciel antérieur, rattaché à Fu Xi, le place au sud-ouest, face au Tonnerre. Le Ciel postérieur, rattaché au roi Wen, qui suit le cours de l'année, le met au sud-est, avec la fin du printemps.

Et pour toi ?

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